Chronologie

Cette chronologie est extraite du catalogue Colette Richarme : une artiste, une vie, une oeuvre réalisé par Jean-Luc Bourges, conservateur des Musées d’Albertville. Elle est rédigée essentiellement à partir du Journal que Richarme tenait depuis 1944 : notations variées dont l’ensemble constitue un véritable « dialogue à soi même ».

24 Janvier 1904
Naissance à Canton en Chine où son père travaille comme expert sur le marché de la soie pour la firme britannique Jardin & Matheson.

1904-1913
Enfance dorée ; fille unique, Colette est initiée au dessin par sa mère Jane Richarme, formée à l’École des Beaux-Arts de Genève.

31 août 1913
Décès de son père qui les oblige à revenir à Lyon.

1914
Elle est scolarisée, fréquente une école technique de dessins sur tissus et suit des cours du soir à l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon.

1919 – 1925
Déménagement à Albertville. Colette, qui a 15 ans, pratique le dessin, l’aquarelle en autodidacte et découvre la littérature.

1926 -1931
Colette se marie avec Jean Boisseau, sous lieutenant au 7ème bataillon de Chasseurs Alpins. Les époux appartiennent au cercle d’amis de Jean Moulin, alors sous-préfet à Albertville.
Sa mère meurt autour de Noël 1926. Naissances de son premier enfant, Janik, en 1927, puis en 1929 d’une deuxième fille, Rosemarie (elle décède dix-huit mois plus tard), et enfin de Michèle sa dernière fille, en 1930.
Elle continue durant toutes ces années à pratiquer le dessin, l’aquarelle, la gouache et fréquente un atelier à Chambéry.

Jean Boisseau et Colette Richarme

1932 – 1935
La famille se fixe à Annecy, suite à la nomination de Jean Boisseau au 27ème bataillon de Chasseurs Alpins. Elle a une vie relationnelle intéressante (discussions autour de la littérature et du cinéma).
Réalisation de nombreuses gouaches ; le lac d’Annecy, son environnement et la vieille ville sont ses sources d’inspiration. Elle s’inscrit dans un atelier.

1935 -1936
Période parisienne avec les enfants.
Richarme fréquente les ateliers de la Grande Chaumière : Jean Darna, Charles Blanc, Yves Brayer où elle se lie d’amitié avec la massière, Louise Bourgeois ; ainsi que l’atelier de Met de Penninghen de l’académie Julian qui la présente, en 1936, au Salon des artistes français avec une de ses premières natures mortes à l’huile.

1937
Son mari est nommé à Montpellier où ils s’installent dans un petit mas : « La Vignette ». Vacances en Savoie au col de la Forclaz au-dessus du lac d’Annecy où elle retrouve la montagne comme source d’inspiration.

1939
Veille de la guerre, voyage éclair au Musée du Prado à Genève sur le conseil de Louise Bourgeois.
Elle en ramène une foison de notes sur les chefs d’œuvres exposés. Cette même année, son mari part pour le front tandis que son amie Louise se marie (avec Robert Goldwater) et s’installe aux USA.

1940
Son mari, prisonnier de guerre, est transféré en Allemagne. Elle rencontre Mayou Isérentant, peintre belge, réfugiée avec sa famille en zone libre. Richarme cherche des modèles : les gitans acceptent de poser et sa période de portraits commence. Elle expose une toile au Salon des artistes français du Grand Palais (en mai) et participe à sa première exposition collective régionale au Salon de la Société des Arts du Languedoc (à Narbonne, en décembre) avec trois œuvres : “Portrait d’Antonin Valette” (pâtre chevrier), “Portrait d’adolescente”, “Printemps en Languedoc” .

1941
La vie matérielle est difficile (froid et disette) mais la vie intellectuelle et artistique brillante grâce au passage et au séjour à « La Vignette » de nombreux artistes : comme Mayou, Louis Charles Aymar, Boscian, Antcher, Roudneff, Guenoun …
C’est aussi une période de lecture intense : Léonard de Vinci “Traité de peinture”, “Colette”, “Robespierre”. Elle participe en mai à l’exposition au Salon organisé par la Société Artistique de l’Hérault, réunissant les peintres de la région dont Frédéric Bazille et des artistes invités, avec : “L’espagnole réfugiée d’Irun” , “Portrait d’adolescente”, “Calvaire”. Elle présente en novembre sa première exposition à Montpellier.

1942
Vie en marge, marquée par la réflexion. Richarme travaille surtout le dessin sur de grands formats (lavis, fusains, plumes). Elle effectue des travaux préparatoires pour une fresque destinée au foyer des étudiants d’outre-mer de Montpellier, rue Baudin.

1943
Année studieuse, sombre, à l’issue incertaine et jalonnée de drames comme la destruction du vieux port de Marseille ou l’arrestation de Jean Moulin. C’est la fin de la zone libre. Année de lecture orientée vers des ouvrages consacrés à la peinture : Albert Dürer (Maurice Hamel), les Arts plastiques (Jacques-Emile Blanche), Les gages charnels de l’art français (René-Jean Clot) ou encore Les Palettes de Delacroix (René Piot) ; mais aussi Henry Mondor, Mallarmé l’obscur (Charles Mauton) ; elle se passionne alors pour la poésie de Mallarmé et réalise des « équivalences picturales » de neuf poèmes.
Richarme présente sa deuxième exposition personnelle à Montpellier (avril) et participe à l’exposition collective « L’art vivant en Languedoc-Roussillon » au Musée Fabre deux mois plus tard.

1944
« 1944 voit une naissance : la mienne dans l’Art » (Journal, 22 avril). Ambiance maussade avec menace persistante d’évacuation mais Richarme refuse de quitter « La Vignette ». Elle reprend sa correspondance avec Louise Bourgeois, poursuit ses lectures et réalise de grandes compositions (50×65) pour les poèmes de Mallarmé. Parallèlement, elle entreprend une série d’œuvres sur papier format raisin (nus, compositions) et participe à une exposition collective au musée Fabre en mai puis, toujours au Musée Fabre, à la première exposition de la libération en décembre.

1945
Atmosphère pesante de fin de guerre, sans nouvelle de ce qui se passe en Allemagne. Son mari reviendra de captivité en juin. Richarme trouve refuge dans la lecture : Anna de Noailles ou Apollinaire. Elle travaille la versification et s’essaye à l’écriture. Elle présente une exposition personnelle à la galerie du Docteur Bonnet à Montpellier, rue des Étuves en février : essentiellement des dessins et quelques huiles.

1946
Elle pense toujours à l’écriture : projets de roman, de pièces et d’un livre avec poèmes et dessins ; elle participe aussi à l’exposition Montpellier-Montparnasse organisée par le comité Rethel à Montpellier (avril).

1947
Son intérêt pour le livre l’amène à chercher une formation de graveur. Robert Cami l’accepte comme élève aux Beaux-Arts de Paris pendant trois mois au printemps. Au retour, elle illustre la Salomé d’Oscar Wilde à la demande d’un éditeur.
En peinture, Richarme recherche l’équilibre des masses et l’harmonisation des couleurs en réalisant six toiles de printemps. En juin, elle participe à une exposition des peintres provençaux à Paris : “Printemps en Languedoc”.

1948
Approfondissement de la peinture à l’huile à travers le paysage. Elle fait un séjour à Palavas et étudie sur le motif les transformations de la “lumière” tout au long du jour : nombreuses gouaches de ciels, d’étangs et de mer. Richarme participe, en mars, à l’exposition “Paysagistes du Languedoc” à Montpellier où elle expose “Terre rouge à la Valette au printemps” ; elle présente aussi une exposition personnelle à Béziers (novembre) basée sur ses trois dernières années de travail.

1949
Elle lit beaucoup et, après l’atelier, va au théâtre, au concert, suit des conférences… Au mois de mars, Richarme présente une exposition personnelle à la Galerie Art et Décoration, rue Foch, à Montpellier (trente-deux œuvres) et en décembre, toujours à Montpellier, une exposition d’une douzaine d’études en compagnie de la céramiste Hélène Cannac, à la Galerie Lucien Gout.

1950
Période d’analyse non seulement de textes lus (notamment les écrits d’Alain-Fournier et de Rivière et une pièce de théâtre Miss Mabel), mais également d’œuvres d’artistes comme Picasso, Gromaire, Rubens, ainsi que d’œuvres musicales (Berlioz, Glück).
A la question clé pour les peintres de l’époque, “que choisir, abstraction ou figuration ?”, Richarme analyse sa propre vision qui lui permet de se situer au-delà de ces clivages. Avec le métier acquis, le motif n’est plus qu’un prétexte au service de la construction et de la couleur. A cette époque, ses études à l’huile du paysage sont marquées par l’usage des terres et des ocres. Elle participe au Salon d’Automne au Grand Palais avec “La mandoline”, “La pêcheuse” et “La guinguette”. Elle expose ensuite à Cannes (décembre) et remporte la médaille du Grand Prix de l’Esterel.

1951
Retrouvailles avec Louise Bourgeois à Montpellier. Les auteurs de ses lectures : La Rochefoucault, Maxime Ducamp et René Grousset (Figure de proue). Richarme expose à la Galerie Art et Décoration (février) et est admise à la Biennale de Menton (août) avec “Soleil de vendanges”.

1952

Elle fait une longue analyse de thèmes et de citations extraites du Soulier de satin de Paul Claudel. Reprise d’anciennes toiles pour “les assouplir, accorder les tons par des passages, et surtout s’en tenir à plus de sobriété dans la variété des tons”. Richarme envoie six toiles au Salon Regain de Lyon où elle exposera chaque année jusqu’en 1971 et dont elle deviendra sociétaire l’année suivante.

1953
Période de repli à « La Vignette » où elle jouit de son cadre de vie et se concentre sur ses recherches picturales. Elle présente ses œuvres à la Galerie Lucien Goût (mars et août), participe au Salon de la Marine, à Sète.

1954
(A partir de cette année, les expositions sont de plus en plus nombreuses et seules les plus importantes sont indiquées dans cette chronologie.)
Participation décevante au Salon des Catholiques des Beaux-Arts (mars), mais sa toile : “Les joutes”, est remarquée par un amateur d’art qui lui conseille de présenter sa peinture à Paris. Elle prend part aussi à la dernière exposition des artistes de la Galerie Gout (décembre).

1955
En avril, Richarme expose des toiles dans le chai de « La Vignette » autour d’une grande “Résurrection”. En juin, elle aborde enfin la capitale avec sa première exposition parisienne chez Bruno Bassano.

1956
Nombreux déplacements : Provence, Bretagne, Avignon mais aussi Palavas et Sète. Ces lieux deviendront habituels chaque été pour transporter les toiles dans les différents salons et seront l’occasion pour elle d’engranger des études sur le motif.
Richarme figure dans l’exposition du groupe des peintres de Montpellier organisée au mois de mars par “les Catholiques des Beaux-Arts” à Dijon lors de la « Grande semaine des Arts » qui deviendra le Salon Confrontation auquel elle participera de nombreuses années.
En mai, elle est l’invitée d’honneur du Salon Regain à Lyon avec une rétrospective « 20 ans de peinture 1936-1956 » (38 toiles et 5 dessins) ; en juillet, sa toile “Le phare” fait partie des cinquante meilleurs envois pour le 1er Grand Prix de peinture du “Festival d’Avignon” et en novembre, Arlette Chabaud la présente dans sa galerie en Avignon.

1957
Sa toile “Le grand nu rose” est sélectionnée pour le prix Otton Friesz à l’Ecole nationale des Beaux-Arts de Paris (février) ; au printemps, la Galerie Jacob organise sa deuxième exposition à Paris. La toile “Inspiration sétoise” sera acquise par le Musée national d’Art moderne. Durant son séjour parisien, elle prend contact avec une dizaine de galeries, rencontre de nombreux artistes et visite la Biennale 57 ou encore le salon des jeunes sculpteurs au musée Rodin.
A Montpellier, Madame Cabezon accueille en novembre son exposition parisienne, comme elle le fera par la suite régulièrement.

Richarme en 1957

1958
Long séjour à Paris de mars à mai, qui lui permet d’établir un premier contact avec Madame Langlet de la Galerie 55.
En échange de deux toiles, une annonce dans Le peintre lui offre un séjour familial au printemps, en Bretagne, à Locmariaquer. Elle y trouvera une très forte inspiration poétique pour son dessin et sa peinture.
En mai, elle envoie “Le cloître de Villeneuve les Avignon” au 4ème Salon des Terres Latines (Musée d’Art moderne de la ville de Paris) où elle ira quelques années. En juillet, elle fait partie des peintres « Autour de Desnoyer » à la galerie Art et Décoration de Montpellier.
Acquisition de “Nature morte rousse et bleue” par le Musée Fabre de Montpellier.

1959
Activités parisiennes : Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts, au Grand Palais (février) avec “Les acrobates” (lavis), Salon des Terres Latines (mai-juin). Au printemps, elle entre aux Indépendants auquel elle sera fidèle toute sa vie.
Troisième exposition personnelle en juin, la première à la Galerie 55, rue des Saints-Pères. Elle profite de ce séjour pour visiter les expositions Monet, Chagall ; elle rentre en passant par Marseille pour voir Picasso au musée Cantini.
Petit à petit le lien avec Paris se resserre, Richarme y trouve un ressourcement culturel et amical et, son carnet toujours à la main, elle capte à travers gouaches et dessins cette vie parisienne dans laquelle elle s’intègre.
Manifestations régionales : Exposition personnelle à la Galerie Crillon en Avignon (mai) ;
Salon de l’Académie vauclusienne « café Bernéro » à l’Isle-sur-Sorgue (juillet) ;
Exposition à Montpellier (novembre), partagée avec le sculpteur Avoscan.

1960
Ce qui sera pour elle un drame se précise : « La Vignette » qu’elle espérait acquérir est achetée par l’Etat pour construire le campus de l’université Paul Valéry ; recherche pressante d’une nouvelle demeure et graves soucis pour la santé de son mari.
Richarme renouvelle ses envois aux salons parisiens et régionaux avec quelques nouvelles destinations dont Valréas, salon qu’elle appréciait et qu’elle suivra plusieurs années.
La seule lecture notée dans son Journal est Saint François d’Assise (Joseph Delteil).

1961
Nouvelle présentation de ses œuvres à Paris, Galerie 55 (février-mars) ; le musée de Beauvais acquiert un dessin ; Richarme prolonge son séjour pour des rencontres artistiques, le vernissage des Indépendants, la visite de galeries et d’expositions. Elle traduit en études aquarellées le plaisir d’être à Paris au printemps.
Durant l’été, quelques manifestations artistiques dans le Midi : Céret, Cannes ; et en fin d’année, présente son exposition parisienne aux Montpelliérains à la galerie Art et Décoration.

1962
Sa toile “Vendanges” est exposée au Salon Temps Présent de Toulouse (février) et est sélectionnée par la revue Signatures provinciales. Nouveaux contacts et expositions de groupe notamment à Paris, à la galerie Duncan (mars). Cinquième exposition personnelle à Paris, à la Galerie 55 (décembre) mais, la galerie changeant d’orientation, Richarme renoue avec Arlette Chabaud désormais installée rue Bonaparte à Paris.
guarrigues
Richarme en 1962 – Lac des Garrigues, Montpellier.

1963
Richarme quitte « La Vignette » occupée pendant 26 ans ; dans les derniers jours, désespérée, son carnet de gouache à la main, elle la peint et la dessine sur toutes ses faces. Dans sa nouvelle maison, le clos Adrien qu’elle appellera « Psalmodie », elle dispose enfin d’un atelier et d’un jardin, consolations qui donneront à sa vie de peintre un nouvel équilibre.

1964
Comme à chaque période difficile, elle se consacre surtout au dessin, et compose un livre d’artiste, “Oradour sur Glane”.
Voyage à Dijon pour le vernissage du salon Confrontation (janvier) ; elle devient sociétaire du Salon des Indépendants où elle accroche, “Nature morte aux volutes” (avril). Visite des expositions Derain à Marseille et Hugo à Montpellier et, sa fille aînée venant de s’installer à Antibes, elle y présente, en décembre, quelques toiles au centre artistique et culturel de la ville.
Antibes et les gerbes de fleurs que lui apporte Janik l’amènent à travailler la construction du bouquet. L’emballage, par ses transparences, fait partie intégrante de la composition.
La liberté qu’elle prend par rapport au sujet marquera la suite de sa peinture.

1965
En mars, sixième exposition personnelle à Paris, chez Freddy Noël, Galerie du rond point des Champs Élysées ; Richarme profite de son séjour parisien pour continuer ses démarches auprès des galeries, visiter l’exposition André Masson, aller au théâtre et revoir de vieux amis dont Françoise Lantz qui est pour elle une aide parisienne chaleureuse et efficace.

1966
Sans projet d’exposition cette année là, elle lit beaucoup : Portraits de femme (Sainte-Beuve), La Pitié dangereuse (Stefan Zweig), Taxis de la Marne et Au bon beurre (Jean Dutourd) et prend le temps de rencontrer de nombreux artistes montpelliérains.
Freddy Noël envisageant de fermer sa galerie parisienne en raison de soucis personnels, elle charge Madame Gros de faire des démarches, qui n’aboutiront pas. Elle retourne à Paris voir l’exposition Paul Guillaume Walter et rencontre le critique d’art Robert Vrinat qui lui propose de la mettre en relation avec la galerie Petrides, démarche qui n’aboutira
pas. Retour par la Savoie, où elle visite le musée d’art moderne de Grenoble et par Antibes pour approfondir l’œuvre de Fernand Léger au musée de Biot.

1967
En début d’année, exposition personnelle à la Galerie Miroir, chez Madame Pérignon, à Montpellier.
Ses présences à Antibes pour aider Janik favorisent l’opportunité pour Richarme de prendre de nombreuses notes aquarellées, en particulier des illuminations de Noël. Elle trouve une inspiration renouvelée à l’occasion de ses déplacements : à Paris ou à l’Ile de Batz d’où elle rapporte de nombreuses études.
Mais la lecture reste une source de réflexion : La bataille de Toulouse (José Cabanis), Le meilleur de la vie (Pierre Gaspar), Le livre des psaumes (Chouraqui), La modification
(Michel Butor), L’idée fixe (Paul Valéry)…

1968
Reprise de nombreuses toiles dont “La grande Résurrection”, “Portrait de Marie-Paule” ou encore “Icare”.
A l’occasion du salon des Indépendants (mars-avril) où “La fête sétoise” est accrochée, elle fait de nombreuses rencontres et visite les expositions Paul Claudel et Raymonde Aymard.
Dans ses choix de livres, elle note : Michel Ange (F. Ivingstone), Souvenirs d’enfance et de jeunesse (Ernest Renan), Lettres de Victor Segalen à sa femme Yvonne, Le structuralisme (Lévi Strauss) et des œuvres de Pirandello ; la musique de Stockhausen évoque pour elle, en peinture, Salvador Dali.
Des déceptions lui font écrire : « je ne sais pourquoi… depuis cette révolution de mai, j’ai subitement senti le poids de la vie, de l’âge ; il me semble qu’une barrière me sépare de tout… et ma vieillesse que je ne sentais pas ou ne voulais pas sentir, se dresse subitement comme un mur. »

1969
8 février, dans son Journal : « travail autour de l’oiseau ; toutes les recherches actuelles sont tendues vers l’accord, la vivacité et franchise des tons et sur leur transparence. De plus, tentative de me libérer du trait qui délimite trop et ne garder que celui que je choisis pour insister sur l’expression. »
Septième exposition personnelle à la galerie d’Arlette Chabaud à Paris (avril), marquante pour Richarme. Parallèlement, elle est au Salon des Indépendants avec “Les potirons”, puis au Salon de la Société des artistes français avec “Nature morte noire”.
Peu après, elle assiste au deuxième congrès des Arts plastiques organisé par la fédération des Beaux-Arts à Antibes, où elle découvre l’aspect social de la profession de peintre ; Christian Halls, éditeur à Monaco l’invite à lui confier un dessin pour les « 10 ans d’Art Graphique, 1960-1970 ».
A ses lectures – La formation du style (Antoine Albalat), Les pierres sauvages (Fernand Pouillon), Les liaisons dangereuses (Choderlos de Laclos) — s’ajoute la saison théâtrale : Oh, les beaux jours (Samuel Beckett avec Madeleine Renaud) et d’autres.

1970
En dessin, le thème de “Leda” va l’occuper pendant plusieurs mois. Richarme ouvre l’année, en février-mars, par une exposition chez Christian Rouzier à Montpellier.
A Paris : en mars, aux Indépendants, sa toile “Le rêve” est saluée par de bonnes critiques ; en juin, visite d’expositions, vernissage aux Terres Latines où elle admire la toile splendide de Gleiny, Le monde de l’espace et s’attarde longuement à Montparnasse sur le génie de Bourdelle. Enfin, elle obtient une première Mention au Prix de la nature morte en septembre avec “Nature morte violette”, et visite l’exposition Poliakoff. En juillet, elle reçoit le prix du Jury décerné par le Salon du Centre Culturel Valéry Larbaud de Vichy pour “La fête sétoise”.
A Antibes, en mai, elle voit l’ensemble Pierre Reverdy à la fondation Maeght.
A Perpignan, exposition personnelle à la Galerie de la Main de fer (novembre).
Parmi ses lectures du moment : La vie de Jean Moulin par sa soeur Laure, L’invitée (Simone de Beauvoir) et Les Allumettes suédoises (Robert Sabatier).

1971
Séjour à Paris où elle retrouve le noyau des peintres des Indépendants avec sa toile “La joie”. Parmi ses nombreux contacts : les peintres Lise Lamour et Jacqueline Pagès Bérard qui deviendront des amies. Elle visite l’exposition Max Ernst et grâce à la médiation de Colette Gallet, son projet d’exposition à la Galerie Arlette Chabaud prend forme pour 1972. Durant l’été, elle envoie un autre dessin à la plume à Christian Halls pour La femme dans l’Art contemporain.
Ses lectures : Maison de papier (Françoise Mallet-Jorris), Les Alpes (vieil ouvrage scientifique de 1888) en prévision de son voyage familial en Savoie et en Suisse.

1972
Colette Gallet, rencontrée aux Indépendants, devient son agent ; mais coup dur, Arlette Chabaud vend sa galerie parisienne, l’exposition programmée à l’automne ne pourra donc avoir lieu.
Elle est aussi très affectée par le décès de son amie Françoise Lantz, liée à la Chine par sa famille et à son aventure picturale.

1973
« Je suis en proie aux difficultés des galeries » (15 janvier, lettre à Janik). Ce souci devient lancinant et entrave son travail de peintre ; pendant quelques mois, elle donne priorité à la création poétique et au dessin (thème des musiciens). Par ailleurs, elle voit la nécessité d’inventorier ses peintures.
Ses lectures : Les Bêtises (Jacques Laurent), L’éloge de la folie d’Érasme (texte intégral traduction de Pierre de Nolhac).

1974
Richarme intègre à ses natures mortes des papiers cadeaux pour structurer l’espace, développant librement les motifs, les formes, les volumes. Ses compositions naviguent entre abstraction et figuration.
Elle reprend à Paris sa quête de galeries, voit les expositions de Poiret et de Juan Gris. A Montpellier, elle ne parvient pas à trouver un lieu d’accueil stable pour son œuvre et se sent mise à l’écart de la vie artistique locale. Mais la rencontre de Pierre Ducommun va lui apporter un soutien inattendu.
Première cure à Gréoux, lieu privilégié pour son inspiration : gouaches, écriture et lectures, notamment la Bible, La détresse de Nietzsche (Louis Vialle) ; autres titres notés cette année là : Tout compte fait (Simone de Beauvoir), Oh Jérusalem (Dominique Lapierre), Oncle Vania (Tchekhov), Van Gogh, le suicidé de la société (Antonin Artaud).

1975
Richarme devient l’un des peintres de la galerie Pierre Ducommun et y expose (décembre) ; cette exposition est l’une des plus brillantes et marque une période de création fructueuse. Elle commence son travail sur Odilon Redon, thème proposé par les Indépendants ce qui l’amène à chercher des documents à la bibliothèque de l’abbaye de Fonfroide, puis au musée de Grenoble.
L’exposition Soulages au musée Fabre de Montpellier sera pour elle le point de départ de sa recherche sur les idéogrammes : « [Soulages] m’a donné la chiquenaude de départ » (7 septembre, lettre à Janik).

1976
Voyage à Paris motivé essentiellement par les Indépendants en mars au Grand Palais, où elle dit : « ma toile me plaît malgré l’entourage figuratif ». A cette occasion, elle visite les expositions de Picabia et de son amie Lise Lamour ; et lors d’un bref passage sur la route de Bruges, elle verra l’exposition Ramsès II.
Réunion familiale à Orange pour les cinquante ans de mariage : Aïda au théâtre d’Orange, choix de son mari dont l’état de santé est inquiétant.
Ses lectures : Les animaux dans la poésie française de la Renaissance (Anaïs), œuvres d’Eluard, Archéologie préhistorique, celtique et gallo-romaine (Dechelette), Freud (Richard Wolhem), Dominique (Fromentin), Quand la Chine s’éveillera (Alain Peyrefitte).

1977
Richarme poursuit son travail de peinture malgré la détérioration de la santé de son mari qui décédera le 10 août ; Pierre Ducommun abandonne la peinture et ferme sa galerie.
Salon des Indépendants en mars dont le peintre invité est André Derain : son envoi, “Paradis – Printemps“. Par ailleurs, elle voit Veira da Silva, les dessins d’André Masson, « l’œuvre effroyable de Francis Bacon » (Journal, 15 mars), Apocalypse de l’amour de Juliette Mills ; sur le chemin du retour, elle note : « éblouissement des brumes printanières dans la vallée du Rhône ». En novembre, elle réalise un souhait : revoir le Prado et El Greco à Tolède.
Entre autres lectures : Gogol (Henri Troyat), Au plaisir de Dieu (Jean d’Ormesson) ; son avidité de connaissances l’amène à suivre régulièrement des conférences.

1978
Son dessin évolue parallèlement à sa peinture : « travail passionnant, […] peut être très chargé mais transparent quand même et très construit, un figuratif voilé » (Agenda, 10 avril)
Dans Le peintre, Jean Chabanon fait une excellente critique de sa toile “Chrysanthèmes” accrochée aux Indépendants.
Huitième exposition personnelle à Paris (novembre), à la galerie La Roue, rue Grégoire de Tours, gérée par le peintre Mireille Montangerand. Elle arpente Paris, ses galeries, retourne au musée Antoine Bourdelle (remarque sa Léda et reste « éblouie »), voit les Le Nain au Grand Palais. Visite de la Fondation Maeght : œuvres graphiques de Braque et de Miro.
Ses lectures : Le juif aux psaumes (Schalom Asch), Ecrits et propos sur l’Art (Henri Matisse) ; elle a le plaisir d’entendre René Huygues : « magnifique leçon sur la pensée de Rubens » (Journal, 26 janvier), et de voir Les mains sales (J.P. Sartre) : « soirée superbe » (Journal, 22 février).

1979
En février, Richarme va au vernissage des Indépendants : « ma toile “Les Tours” est dans la salle de la grande peinture… succès ». En avril-mai, elle participe au Salon des Artistes Français dans le groupe Henri Héraut, sur le thème « l’important c’est la rose », avec “Nature morte rose et grise”. Elle en profite pour visiter les expositions « Avant les Scythes
» et « Chardin » au Grand Palais et se rendre à Beaubourg aux expositions Kandinsky et Magritte. En mai : exposition de dessins, fruits de ses dernières recherches, à la Galerie Daniel Kuentz à Montpellier. Louise Bourgeois lui donne rendez-vous en octobre à Paris : occasion de « causeries tardives ».
Ses lectures : La vie, mode d’emploi (Georges Perec), La couleur (Maurice Bériberré), Poèmes (Yves Daunès), Lettres d’une religieuse portugaise (Gabriel-Joseph Guilleragues). Elle ne manque pas la représentation de Topaze (Marcel Pagnol), et le concert du Golden Gate Quartet.

1980
Au printemps cette année-là, elle envoie aux Indépendants sa toile “Mao”. La fermeture de La Roue augmente son désarroi vis-à-vis des “galeries” ; elle recherche un nouveau point de chute et parvient à prendre contact avec la Galerie Drouant ; au passage, voit Monet au Grand Palais.
A Montpellier, elle expose en octobre à la Galerie MG Saint Firmin qui vient d’ouvrir.
Ses lectures sont toujours aussi éclectiques : Baudelaire, André Chouraqui, Profession Peintre (Elisabeth Faublès), Le Silence (Tony Ritter), Le Journal d’un créateur (Marcel Gromaire).

1981
Richarme garde le contact avec le Salon des Indépendants avec l’envoi de “Fumées” (mars) ; elle est aussi présente en avril au salon des Artistes français avec “Fer forgé” sur le thème du noir proposé par Henri Héraut qui disparaît cette année là en août. Elle perd un ami et un critique. Elle entre officiellement à la Galerie Drouant, faubourg Saint-Honoré.
Vacances en Savoie, ancrage aux Praz de Chamonix où elle peint ; elle s’interroge sur sa vision de la montagne et engrange des documents. Elle trouve plaisir à poursuivre les cours de cinéma et littérature comparée du Professeur Henri Agel (Université Paul Valéry de Montpellier). Ses lectures du moment : L’information littéraire, Fra Angelico (Henry Cochin), Michel Ange (Giovanno Papini).

Colette Richarme en 1981

1982
En peinture elle commence des séries de ciels et de mers ; elle trouve dans la composition des espaces marins un thème qu’elle développera jusqu’à la fin de sa vie.
L’année est centrée sur la préparation de son exposition chez Drouant (décembre) ; exposition caractérisée par le soutien chaleureux des amis parisiens, du Clapas, de la famille et surtout de nombreux peintres. Elle satisfait, comme d’habitude, à son souci vital de voir de la peinture : expositions Le portrait en Italie à l’époque de Tiepolo, Fautrier, Fantin Latour, Les post impressionnistes, Éluard et ses amis, Jean-Baptiste Oudry.
Ses lectures : Un cimetière indien (Frédéric Jacques Temple), Venise en hiver (E. Roblès), James Joyce par lui-même, Dialogue sur la peinture (Armand Drouant), Notes sur Georges Braque (Jacques Dubois).

1983
Vaines démarches pour trouver une galerie pour s’implanter à Montpellier. Elle commence à recevoir des demandes d’interview par des journalistes comme Elise Coscia (Agora) ou par des écrivains comme Robert Briatte et Bernard Derrieu. Richarme se déplace à Paris pour voir les expositions Turner et Balthus ; au retour, elle découvre le cambriolage de sa maison dont elle sera très affectée.
Elle lit Gérard de Nerval, Le château des tortues (Simone Balazard), Une femme (biographie de Camille Claudel, Anne Delbé), Vert Paradis (Max Rouquette).

1984
Dès le 5 janvier, Richarme poursuit avec “Le goéland” sa série de Marines ; elle mène de front des dessins et des huiles sur le thème de “la sirène” en vue d’une exposition à Paris malgré les bruits inquiétants sur le changement d’orientation de Daniel Drouant.
A l’occasion de ses 80 ans, R. Briatte lui offre, en hommage, sa première plaquette avec des textes de Max Rouquette, J.L.Gourg et R.Briatte ; la signature à la librairie Molière a lieu le 23 novembre ; au mur, une quinzaine d’œuvres, principalement sur papier.
Vacances savoyardes où elle reprend à Chamonix le thème de la montagne et poursuit ses recherches à la gouache sur les nuages, leur construction et leur symbolique.
Participation au Centenaire des Indépendants (avril) avec Inspiration biblique.
Ses lectures : Perceval le Gallois, (thèse de José Marty centrée sur le cinéma de Rohmer), Turner en France et en voyage. Au Cinéma : Un amour de Swann (Volker Schondorff).

1985
Richarme réalise de nombreuses œuvres différentes dans la joie du travail malgré une grande fatigue qui l’accable souvent et ralentit son rythme de vie. Méditation sur l’espace, sur l’insertion du personnage dans son milieu (Ondine).
Les amis viennent souvent la voir chez elle, dont Bernard Derrieu (début d’un échange fructueux), Régine Monod, Marie Josée Latorre et ses amies journalistes proches de l’art.
Participation au salon des Indépendants (juin-juillet) avec “Descente de croix” (une toile ancienne). Son ami le peintre Pierre Cayol l’introduit dans la Galerie Frank Ricci en Avignon.
Lectures : La grande muraille (Claude Michelet), thèse sur Proust de Maïra Belloni, La vieillesse (Simone de Beauvoir), Comme le sable entre les doigts (Chapelin-Midi). Quelques concerts et spectacles : Faisons un rêve (Sacha Guitry avec Claude Rich), La Traviata (Verdi).
Les derniers mois de l’année sont moroses, « seule joie […] être ensemble, la lecture de la plaquette sur le sculpteur Dardé offerte par Bernard Derrieu et la visite des Briatte ».

1986
Les toiles s’enchaînent et quand le printemps explose en mai, elle peint son jardin.
Au début de l’année, elle approfondit l’exposition Courbet du musée Fabre ; en avril, elle envoie aux Indépendants “Tempête sur l’Atlantique”, (Orage à Talmont) ; elle est aussi au nombre des peintres choisis par Bob Terschiphorst, pour son exposition photo sur le thème de « La perplexité de l’artiste devant la toile blanche ». Suivent deux expositions personnelles, l’une à la Galerie Daudet de Montpellier (octobre), l’autre à la Galerie de l’Atelier de Nîmes (novembre), avec d’excellentes critiques.
Lectures : Shangaï au temps de la concession française (Charles Meyer), Le corps de Dieu où flambe l’esprit (Daniel Ange), poésies de R. Maria Rilke, L’œuvre (E. Zola), Vie d’Odilon Redon.
Spectacles : La Tosca (Puccini) en Avignon, Canapé Canapé aux Galas Karsenty, Adrienne Lecouvreur (Siléa) avec la chanteuse Térésa Zylis-Gara.

1987
En avril, Salon des Indépendants avec “Sur les bords de la mer de Chine”.
Exposition de groupe « Les peintres régionaux » à la Galerie Réno (octobre) à Saint Gély du Fesc ; elle y sera régulièrement présentée.
Cette ouverture, en dépit de ses difficultés de mémoire, lui permet de dominer son découragement et de s’adonner à l’inspiration du moment : c’est une suite de grandes compositions format raisin sur la mer et les figures en mouvement.
Lectures : Biographie d’Henry Miller (Frédéric Jacques Temple), La vie de Michel Ange (Marcel Brion), L’œil du peintre (Maurice Gresser).

1988
« Un peu de mélancolie, se sentir vieillir » (Agenda, 1er janvier)
En mai, Jane Struyve présente une importante sélection de ses dessins à l’Artothèque, place Pétrarque, couplée avec une présentation de trente-cinq ans de peinture à la Galerie Réno de Saint Gély du Fesc.
En août, la reprise d’une petite étude avec trois bouteilles sera le point de départ d’une nouvelle façon de traiter la nature morte.
Lectures : Le poème épique Roland furieux(Ludovico Ariosto), Ecrit dimanche (Georges Dezeuze), La lettre au collectionneur (Tobias), Paul Klee , La biographie de Kahnweiler.
Spectacle : Les brumes de Manchester (mise en scène de Robert Hossein).

1989
« L’insolence de la couleur » (Journal, page de garde)
Expositions personnelles : en avril-mai à la Galerie Clemenceau de Béziers et en octobre à la Galerie Reno avec ses Marines.
Son nouvel objectif : poursuivre le « travail passionnant » sur la couleur et la composition des natures mortes. Ne pas oublier qu’elle avait été très marquée par Le traité sur la couleur de Goethe et qu’un leitmotiv de son travail était « l’art vit de sacrifice ».
Lectures : la Correspondance d’H.Berlioz (retour sur ses souvenirs d’adolescente à la Côte Saint André).

1990
Richarme a le souci de compléter l’éventail coloré de ses natures mortes pour les présenter à la Galerie Reno sous le titre “Harmonies” ; son chagrin sera de devoir s’aliter avant d’avoir terminé.
En mai-juin, elle reste présente au Salon des Artistes Français au Grand Palais avec sa toile “La fête” sur le thème du vin. Elle est invitée par le musée Paul Valéry de Sète pour l’exposition d’été « Six peintres de la Méditerranée » (Couderc, Desnoyer, Fournel, Richarme, Sarthou, Seguin). Ce sera sa dernière manifestation publique.
Elle lit encore : Histoire de la musique (L.Rebatet), Joseph Delteil, qui êtes vous (R.Briatte), Le baron perché (Italo Calvino). Malgré sa faiblesse, elle va au spectacle : l’Opéra de Pékin, Manon (Massenet), Ecole de danse des Galas Karsenty.

« Nous allons vers 1991 » : seule phrase trouvée dans son Journal en 1991 avec l’article découpé et annoté « La peur de mourir est-elle une fatalité ? » de Françoise Reiss.

Richarme décède à « Psalmodie » le 27 février 1991 et est inhumée dans le vieux cimetière d’Albertville.