Extrait du catalogue composé par Alain Girard, Conservateur des musées du Gard

été 2013

La germination par le dessin

L’ensemble de l’œuvre graphique permet de remonter au cœur de l’acte créateur de Richarme. La ligne en est la plus pure expression, non que la peinture n’ait pour unique finalité de l’habiller mais parce qu’elle participe à son dynamisme. Elle lui est asservie car elle arrive après. Elle la matérialise. Ce dynamisme de la ligne ne fixe pas un état définitif. Il appelle à devenir plus qu’il n’invite à demeurer, avons-nous déjà précisé, particularité que l’on retrouve chez le peintre Eisenstein (1898-1948). Les études, les reprises du thème traduisent le passage de l’un à l’autre. Aussi le spectateur a-t-il le sentiment de ne pas rester passif devant l’œuvre. En même temps, le dessin est sensible, souvent d’une grande acuité. Certains d’entre eux sont sans référence à une peinture. Ils n’ont pas servi à préparer un tableau. Aussi ont-ils souvent un caractère à la fois libre et achevé. Ils ont une valeur en eux-mêmes et sont leur propre finalité. Mais ils expriment toujours une recherche, sans souci de représentation académique du modèle. Ainsi s’expliquent la vigueur du trait, l’intensité du crayon noir, la simplification austère des formes, le silence des couleurs ou encore une distance affective certaine avec le sujet.

L’orchestration par la couleur

De telles rigueur de la conception et solidité de la composition se retrouvent dans la peinture de Richarme. Toutes les toiles ont en commun l’équilibre des masses et des couleurs, la répartition des formes en juxtaposition d’aplats colorés bien définis, parfois même géométriquement, la franchise des couleurs d’un aplomb tout fauviste et la rudesse de la pâte étendue sur l’ensemble de la surface du support. Cette méthode, déjà suivie par Maurice Denis, est un lointain écho du Talisman de Sérusier. La couleur est introduite comme l’ont fait les Symbolistes dans les années 1890. (…)

Que penser de Richarme et quel regard poser aujourd’hui sur son œuvre ? Comment la situer dans l’art de son temps et dans la suite des styles du passé ? Son œuvre n’a pas de contour idéologique et moral. Elle ne prêche pas. Sa peinture à sujet semble sans sujet au point de devenir presque idéogramme, quoique traditionnelle par son intention descriptive. (…) Richarme pourrait paraître un peintre attardé en face et en marge du plein air et du non sujet réaliste des Impressionnistes. Ceux-ci appartiennent à son passé comme les narrateurs de la IIIè République et leur vérisme. En revanche, elle reste marquée par les stylisations arbitraires de l’Art nouveau et même du Fauvisme.

Richarme est un artiste contemporain dans la mesure où elle fait passer le traitement de l’œuvre avant le choix du thème. (…). Elle s’éloigne des présupposés naturalistes et réalistes. Le contenu et la signification de l’œuvre restent pour elle encore importants alors que pour d’autres artistes l’œuvre n’existe que pour elle-même. Elle ne rejette pas les principes et les préjugés esthétiques. Elle n’est pas un peintre d’avant-garde. Elle n’a d’ailleurs pas surévalué la modernité qui consiste à expérimenter en permanence des innovations qui n’ont parfois rien à voir avec la peinture. Elle ne s’est pas pour autant réfugiée dans une tour d’ivoire. Elle a posé un regard serein, parce que libre, sur son temps. Richarme reste attachée à une image puissante et identifiable, à la présence nécessaire d’une forme figurative. Elle semble avoir fait sienne cette pensée de Raoul Dufy : « Peindre c’est faire apparaître une image qui n’est pas celle de l’apparence des choses, mais qui a la force de leur réalité ». Ce faisant, elle ne s’oppose pas à l’art abstrait. Elle n’est pas sur la défensive et n’adopte pas une position conservatrice. Sa liberté d’expression est totale sans toutefois tenir cette expression pour vertu supérieure, comme le pensait André Gide en 1905 rendant compte du Salon d’automne. Cette distance des modes fait sa modernité et la rend attachante, quand la simplicité et l’élégance s’allient pour évoquer le sacré, se détacher de la tyrannie de l’immédiateté et s’ouvrir à la méditation.

Richarme à RCF

Régine Monod répond aux questions de Lionel Coste pour Radio Maguelonne

Une galerie pour Richarme

Octobre 2020. La galerie de l’Ancien Courrier a l’honneur de représenter désormais l’œuvre de Colette Richarme (1904 -1991) à Montpellier.

L'oeuvre dans les musées

Où voir Richarme en musée ?

Musée Fabre, Montpellier

19 huiles,78 oeuvres papier et 3 carnets

Musée Atger, Montpellier

81 oeuvres papier

Musée Paul Valéry, Sète

12 huiles 82 oeuvres papier et 7 carnets

Musée Albert André, Bagnols-sur-Cèze

21 huiles et 14 oeuvres papier

Musée d’Art Sacré, Pont St Esprit

14 huiles, 44 oeuvres papier et 1 carnet

Musée Calvet, Avignon

1 huile

Centre national Jean Moulin, Bordeaux

1 huile

Musée Hofer-Bury, Lavérune

1 huile et sa gouache préparatoire

Médiathèque centrale Emile Zola, Montpellier

Des écrits et des oeuvres papiers

Centre de la mémoire, Oradour

1 livre poème illustré

Archives départementales d'Annecy, Annecy

En dehors des musées, Richarme est aussi visible dans la région de Montpellier

Contact

Email: info (arobas) richarme (point) fr

en remplaçant les signes entre paranthèses
ou utilisez le formulaire ci-contre